21/11/17

Éditeurs étrangers cherchent succès québécois

Tous les ans, le Salon du livre de Montréal attire des éditeurs étrangers à la recherche de grands succès québécois à traduire. Le programme Rendez-vous de Québec Édition a invité cette année 14 éditeurs et des traducteurs en provenance de 10 pays pour sa cinquième édition. Nous en avons rencontré quelques-uns lors de leur passage en ville, cette semaine, pour découvrir leurs coups de cœur de la littérature québécoise.
UN PRÉLUDE À FRANCFORT 2020
Éditeurs et traducteurs allemands commencent déjà à bâtir des ponts en prévision de la Foire du livre de Francfort de 2020, où le Canada sera l’invité d’honneur. Beate Thill, la traductrice allemande de Dany Laferrière, se considère comme « une entremetteuse » et s’est personnellement engagée à rapprocher les deux cultures, se réjouissant du succès récent de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, paru seulement depuis peu en Allemagne. « Je suis vraiment impressionnée par cette force culturelle québécoise et ce sera très important que le Québec se démarque dans le pavillon du Canada à Francfort. À notre retour, il va falloir rappeler aux journalistes qu’il y a aussi le Québec au Canada. »
VENDRE LA FRANCOPHONIE AUX LECTEURS ITALIENS
Dany Laferrière n’est pas seulement la nouvelle coqueluche des lecteurs allemands, il a conquis le cœur des Italiens, affirme l’éditrice italienne Isabella Ferretti. Sa maison d’édition a déjà publié trois titres de l’académicien (Tout bouge autour de moi, L’art presque perdu de ne rien faire et Journal d’un écrivain en pyjama) et prépare la sortie de Je suis un écrivain japonais. « Les lecteurs italiens sont plutôt attirés par les auteurs de langue anglaise, et la littérature francophone n’est pas toujours facile à vendre. Mais Dany Laferrière est si charmant. Il a déjà assisté à plusieurs grands festivals en Italie et le nombre de ses lecteurs augmente avec chaque nouveau livre », confie-t-elle.
LE QUÉBEC EN FINLANDE
« Pour moi, ce voyage a commencé lorsque j’ai acheté les droits pour La petite fille qui aimait trop les allumettes [de Gaétan Soucy], il y a bientôt 20 ans. Un livre complètement magique, bizarre, poétique, macabre, mais absolument extraordinaire », raconte l’éditrice finlandaise Anna Baijars, qui rappelle que le roman avait fait l’objet d’une adaptation théâtrale en Finlande, où l’auteur s’était rendu pour un festival littéraire. L’éditrice se réjouit de sa prochaine « aventure québécoise » – la traduction de Ru de Kim Thúy, prévue pour l’an prochain. « On a tellement d’immigrants qui arrivent en Finlande, je me suis dit que c’était peut-être le bon moment de publier cette histoire que je trouve très belle. »
LA COLLECTION « SAVAIS-TU ? » TRADUITE EN TURC
Lorsqu’il a découvert la collection « Savais-tu ? » aux Éditions Michel Quintin, Acar Erdogan a immédiatement été séduit par ces albums ludiques. « C’est une série originale que j’aurais aimé lire enfant », dit l’éditeur de Mavibulut, première maison d’édition turque exclusivement consacrée à la littérature jeunesse, fondée il y a plus de 25 ans. « À part des bandes dessinées comme Tintin et Astérix, on n’a pas beaucoup de littérature jeunesse en Turquie. On a maintenant quelques nouveaux talents, mais c’est nouveau que des auteurs turcs écrivent pour les jeunes. Pourtant, avec une population de 20 millions d’enfants, on a un marché énorme. »
DES ALBUMS JEUNESSE QUI CHARMENT LES BRITANNIQUES
Greet Pauwelijn, éditrice chez Book Island au Royaume-Uni, vante la grande qualité des illustrations des albums jeunesse québécois. Sa maison d’édition a publié plusieurs albums de Marianne Dubuc (dont Le lion et l’oiseau) et un premier d’Isabelle Arsenault (Virginia Wolf). « Je crois que les illustrateurs québécois offrent un cocktail intéressant qui mêle culture francophone et compréhension du style anglais, et c’est ce qui fait que leurs œuvres ont beaucoup de succès auprès des lecteurs anglais, à mon avis. » Elle profite de son séjour à Montréal notamment pour tourner une vidéo promotionnelle avec Marianne Dubuc.
L’ARGENTINE À LA RECHERCHE DE DIVERSITÉ
Guido Indij, éditeur chez La Marca Editora, maison d’édition argentine, s’intéresse de près au catalogue de la maison montréalaise Mémoire d’encrier. « Je connais Rodney Saint-Éloi de l’Alliance internationale des éditeurs indépendants et c’est dans mon mandat de trouver des titres qui touchent aux questions de diversité », explique-t-il. Dans sa ligne de mire se trouvent également un certain nombre d’ouvrages jeunesse québécois. L’éditeur veut par ailleurs tenter de faire découvrir à ses confrères québécois quelques titres qu’il a publiés, notamment Il hilito (Le petit fil), livre plurilingue et singulier où l’on trouve 11 langues dans une même page.

via La Presse

Le livre fait voyager. Littéralement!


Ils sont éditeurs, libraires ou traducteurs, ils viennent d’Europe comme d’Amérique latine et sont à Montréal pour le Salon du livre


18 novembre 2017 |Jérôme Delgado | Livres



Photo: Pedro Ruiz Le DevoirGuido Indij, un éditeur argentin, Charlotte Desmousseaux, libraire française, et Beate Thill, une traductrice allemande, au Salon du livre de Montréal

De son sac, Charlotte Desmousseaux sort plusieurs titres : La dévoration des fées, de la collègue Catherine Lalonde, dont elle a vu passer la critique dans le journal Le Monde ; Le jeu de la musique, de Stéphanie Clermont, et, enfin, Le plongeur, de Stéphane Larue. La propriétaire de La vie devant soi, jeune librairie de Nantes, dans l’ouest de la France, arrivait visiblement du kiosque du Quartanier.

« J’ai une valise pleine à l’hôtel », signale-t-elle, de manière à nous préciser qu’en ce premier jour du Salon du livre de Montréal, son parcours de la littérature québécoise est déjà bien amorcé.

Charlotte Desmousseaux n’est pas une touriste comme une autre. En sa qualité de libraire, elle est à Montréal avec un groupe attiré par Québec Édition, un des comités de travail de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). Elle et ses neuf collègues, libraires à Paris, Auxerre, Bruxelles, Liège, Namur ou Genève, sont venus dans le cadre d’un programme d’immersion. Une sorte de cours accéléré sur le Québec littéraire.

« L’idée est de mieux leur faire connaître l’édition québécoise, pour qu’ils aient envie de tenir dans leurs librairies davantage de livres québécois, dit Karine Vachon, de Québec Édition. Les libraires sont des passeurs, qui conseillent, qui partagent. On veut les conquérir, on veut qu’ils repartent avec des coups de coeur. »

Depuis cinq ans, l’antenne exportation de l’ANEL organise de tels voyages baptisés « Rendez-vous ». Aux Rendez-vous éditeurs, mis en place en 2013, se sont ajoutés cette année les Rendez-vous libraires et les Rendez-vous traducteurs. En tout, ce sont 28 professionnels, actifs dans douze pays, qui y participent.

Richesse de la langue

« Je suis là pour ça : découvrir, transmettre et, après, inviter des auteurs », confie Charlotte Desmousseaux. La libraire nantaise, active depuis 2013, avait déjà un peu le Québec dans la tête, notamment par le biais d’Éric Plamondon.

Cette première fois en « Amérique » lui permet seulement de constater que le « maillage qu’elle avait commencé à faire » est très petit par rapport à ce qu’elle découvre sur place.

« Plus on avance, plus on se rend compte de la qualité et de l’effervescence du moment », avoue celle qui ne tient pas à exotiser les livres québécois dans sa librairie. Elle les intégrera simplement, « dans les rayons ».

« ll y a vraiment une ressemblance entre ce qui se fait ici et en France, le travail sur la langue, des formes qui se diversifient », note Charlotte Desmousseaux.

Avec des titres comme Le poids de la neige, de Christian Guay-Poliquin, elle constate cependant que ce qui distingue l’écriture québécoise réside dans l’habile mélange de poésie et de fiction.

« Chez vous, il y a une capacité à faire des textes très courts, des romans traversés par une richesse de la langue, sans que ça paraisse être une barrière. Chez nous, on est sur quelque chose d’ultra narratif. Il faut des personnages en action. Le poids de la neige, c’est assez statique, de petites pages qui se cumulent pour arriver à une forme très belle, quoi. »

L’éditeur argentin Guido Indij, lui, n’avait eu que très peu de contacts avec le Québec. S’il tire un bilan positif de ses premiers jours ici, il assure que les contrats ne viendront « qu’après le voyage ». Il est venu en explorateur, avec en tête la littérature jeunesse, branche actuellement de sa maison La marca editora.

« Je découvre des livres qui reflètent sans doute ce qui se discute dans la société québécoise. J’en ai vu sur le thème de l’amour entre enfants, un autre sur la transsexualité et une histoire de cancer qui se termine bien. Celle-là m’intéresse ; je n’en ai jamais vu une comme ça en Argentine », dit-il.

Un bloc québécois en Allemagne

Parmi la trentaine de touristes littéraires figure un bon nombre d’Allemands — cinq éditeurs et trois traducteurs. L’objectif des Rendez-vous est clair : viser la vente de droits d’auteurs à l’étranger. Comme en 2020 le Canada sera l’invité d’honneur de la méga foire du livre de Francfort, il était naturel de chercher à séduire les germanophones.

« Ce sera très important que le Québec soit bien présent à Francfort. En Allemagne, on voit le Canada comme un très grand territoire, dans le Nord, il fait très froid et c’est anglophone. Dans le pavillon du Canada, il devra y avoir un espace spécial pour le Québec. »

Ce n’est pas un porte-parole du gouvernement québécois qui parle ainsi, mais bien Beate Thill, traductrice basée à Fribourg. La femme d’expérience, qui se dit spécialiste de la Francophonie et a accompagné l’écrivain martiniquais Édouard Glissant pendant 28 ans, insiste : elle et ses deux collègues du Rendez-vous traducteurs veulent changer la perception qu’a l’Allemagne du Canada.

« On se voit comme des promoteurs du Québec. On forme un bloc », dit-elle.

Beate Thill ne découvrait pas Montréal cette semaine — elle y était venue, il y a longtemps, en vraie touriste. Ses rapports avec le Québec littéraire datent même de 25 ans, elle qui a participé à la traduction d’une anthologie d’écrivains québécois. Pour l’occasion, elle s’était occupée des textes de Daniel Danis, textes simples et marqués, se souvient-elle, par le « poids de mots ». « Une assiette, un poisson, une pierre. Pour la traduction, ce n’est pas facile, trouver des mots qui ont ce poids ».

Depuis, Beate Thill est devenue la voix de Dany Laferrière dans la langue de Goethe. Un premier titre traduit en 2013 — L’énigme du retour est connu comme Das Rätsel der Rückkehr —, suivi par d’autres livres, dont le dernier-né, tout juste publié cet automne : Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, le premier opus de Laferrière.

« En Allemagne, il est très bien reçu. Vous savez, on accueille beaucoup de réfugiés et la question du racisme est très actuelle, avec beaucoup de débats. Ce livre vient au bon moment, mais, naturellement, il est apprécié pour ses qualités littéraires. »

Réinventer les salons, car “le livre a encore toute sa place dans notre société”

De Montréal – La question ne se pose pas : les salons du livre doivent se réinventer, constamment. Leur principe même repose sur l’attractivité qu’ils sauront exercer sur les lecteurs. Il y a les visiteurs gagnés d’avance, et ceux à (re)conquérir — et ceux que l’on ne verra jamais. Et au milieu, les éditeurs, les auteurs, les libraires…


Réinventer les salons du livre
ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Une table ronde très internationale brossait, lors de la journée professionnelle du Salon du livre de Montréal, plusieurs modèles de rendez-vous littéraire. Pour répondre aux questions de Gilda Routy, présidente du Salon et animatrice,Guido Indij, éditeur à La marca editora (Argentine) fondée il y a 25 ans, exposant régulier à la Foire du livre de Buenos Aries ; Isabella Ferretti, directrice éditoriale de 66thand2nd (Italie) fondée en 2008, et engagée notamment dans la Foire du livre de Turin ; Edmund Jacoby, éditeur chez Verlagshaus Jacoby & Stuart (Allemagne) 2008, qui apportait son regard sur la Foire de Francfort ; Catherine Mitchell, agente des droits chez Pajama Press (Canada) qui arpente les foires internationales ; Julie Brosseau, présidente de l’Association québécoise des Salons du livre, AQSL, (Québec) et directrice générale du Salon du livre de Trois-Rivières.

Les présentations faites, le cœur du sujet est rapidement abordé : face aux changements dans les habitudes de consommation, comment ne pas interroger la place des salons ? « Alors que d’autres médiateurs comme les bibliothèques introduisent des ateliers nouveaux, comment faut-il adapter les salons », interroge Gilda Routy.

Appréhender les spécificités des marchés


Les trois éditeurs présents autour de la table avaient été invités dans le cadre du fellowship Rendez-vous, qui depuis 2014, favorise l’échange entre les maisons du Québec et celles du monde. Isabella Ferretti savoure : « Il m’a permis de découvrir l’importante diversité de l’édition au Québec. »

En Italie, note-t-elle, les salons sont des espaces de rencontres privilégiés pour les éditeurs et leurs auteurs, avec les lecteurs. Ainsi, depuis quatre ans, a été créé l’Observatoire des éditeurs indépendants, qui produit son propre salon — sans dimension professionnelle, on y vient pour les lecteurs. « Book Pride est entièrement géré par les éditeurs indépendants et se déroule à Milan. Cette implantation découle d’un manque évident dans la ville, d’une manifestation populaire. »

Engagée dans Book Pride, Isabelle Ferretti est également secrétaire générale de l’Associazione Amici del Salone Internazionale del Libro di Torino. « Pour sa 31e édition, Turin s’est pleinement renouvelé, alors que se développait Tempo di Libri, foire plus professionnelle, à Milan. Pourquoi garder deux salons dans ces conditions ? Et comment ? »

La réponse apportée par les organisateurs fut de renforcer pour les éditeurs les dimensions vente de droits, traduction, mais également cinéma. Et de s’inscrire dans une dynamique rendue possible et encouragée par l’Europe. « De plus, la ville de Turin s’associe pleinement à la manifestation : de nombreux événements hors les murs sont proposés, même de nuit — certains sont payants. Par ailleurs, le salon a instauré des échanges avec d’autres festivals du livre, où chacun apporte sa vitalité, sa philosophie et sa vision. »

Turin : “C’est un bonheur de voir
tant de jeunes qui lisent” (Nicola Lagioia)


L’autre enjeu, pour les éditeurs, c’est que dans le sud du pays, le manque de librairies doit être compensé par des manifestations qui permettent de ne pas couper le lien avec les livres. « Dans les Pouilles, en Cambrie, on espère toujours que le lectorat va revenir, en multipliant les initiatives. » 

Mais pour les indépendants, la situation se corse véritablement : « Notre marché fonctionne très différemment : un écart se creuse entre les groupes éditoriaux et les éditeurs indépendants dans la visibilité qu’accordent les librairies. Tout repose sur les remises consenties aux libraires : plus elles sont importantes, plus le livre sera ouvertement exposé dans la librairie. » Ce qui peut poser moins de problèmes à une grosse structure devient vite suffocant pour les petites maisons. « La Book Pride, à Milan, compense un peu cette dimension. »

Entre ballade familiale et foire professionnelle
 

Plus grande foire d’Argentine, la Fiera del Libro de Buenos Aires réunit 1,2 million de visiteurs sur 19 jours, à travers 50 000 m2. 10 000 professionnels sont présents, 1500 activités culturelles proposées, auxquels s’ajoutent trois journées dédiées aux professionnels, avant la Foire, nous indique Guido Indij. « L’événement est incontournable, familial et historique : il offre des opportunités concrètes pour le business, et un programme d’invitation d’éditeurs — à condition qu’ils parlent et lisent l’espagnol. »

D’ailleurs, pour ne pas menacer l’activité des libraires durant cette période, ces derniers sont impliqués dans le salon : « C’est essentiel », reconnaît l’éditeur. Concurrencée fortement par Guadalajara, qui jouit d’un fort financement, la foire de Buenos Aires « a toujours cherché de nouvelles idées : on trouve une centaine de salons à travers toute l’Argentine. Aujourd’hui, comme auparavant, on se rend à la Feria del Libro comme on fait une promenade en famille : c’est un moment de convivialité. »

 

“J’aimerais publier moins de livres,
pour privilégier l’artisanat et le soin”, Guido Indij


Edmund Jacoby déplore, lui, que « l’Allemagne n’ait pas la culture des salons ». Il existe deux temps forts majeurs : Francfort, strictement professionnelle — le grand public n’est accepté que deux jours — , et Leipzig, héritage d’une tradition venue de l’ex-RDA, qui se déroule au printemps. « En dépit de la crise du livre dont on parle depuis des siècles, la Foire de Francfort n’a jamais cessé de croître. Organisée par l’association des éditeurs et libraires allemands (le Börsenverein), elle offre chaque année d’inviter un pays et de porter l’accent sur sa culture, en le faisant découvrir aux professionnels réunis. »

En 2020, le Canada sera d’ailleurs l’invité d’honneur, alors que la France l’était pour 2017. 

 

Europe : pour la Foire de Francfort,
une réunion des ministres de la Culture


« Il existe bien des initiatives localement, pour montrer des livres, mais principalement avant Noël », poursuit l’éditeur. À Stuttgart ou à Munich, par exemple. Et puis il est courant de trouver des vendeurs de livres dans les marchés de Noël. Mais ce n’est pas vraiment dans notre culture. » Idem pour la bande dessinée : le grand salon d’Erlangen est assez unique en son genre, « d’autant plus que l’on vend rarement des bandes dessinées dans les librairies ». Triste…

« Nous n’avons effectivement pas autant ce sens du contact, contrairement à ce qui peut se faire dans des pays scandinaves. Mais il faut avouer que nous ne sommes pas vraiment soutenus par les pouvoirs publics. » Or, le risque, c’est que « la tendance fasse du livre un produit culturel pour les plus riches, ce qui sera mauvais pour tout le monde — et le phénomène est international. »

La force de résistance du public, ou la culture du salon
 

Agent littéraire depuis 2010, Catherine Mitchell souligne, elle, que l’équation d’une manifestation repose toujours sur son approche : soit dédiée aux professionnels, soit portée par des éditeurs qui achètent des stands (on parle alors de salon) ou bien une forme de grande librairie (on parle plutôt de festival). Ensuite vient l’accueil sur place — autrement dit, les attentes propres du public.

« Pour exemple, le festival de Toronto, The Word On The Street, a tenté durant plusieurs années de proposer un temps littéraire fort, pointant la promotion de la lecture. Libraires et éditeurs s’y retrouvaient pour accueillir le public — mais ce dernier venait principalement chercher des livres vendus avec une importante remise. » Moralité, la manifestation s’est arrêtée.

« Il nous manque, à Toronto, une manifestation similaire à celle de Montréal, de toute évidence. Ici, la valorisation de la lecture, de la langue française, tout est réuni. Mais en dépit de nos différentes tentatives, les lecteurs ne comprennent pas le principe. » La culture du salon n’est pas universelle, de toute évidence. « Et il est très compliqué pour eux, de payer un vestiaire plus un ticket d’entrée, pour venir voir des livres — Toronto est une ville d’hiver… », plaisante-t-elle.

Avec 9 salons sur l’ensemble du territoire de Québec, ce sont 300 000 visiteurs qui chaque année viennent découvrir des livres — dont 63 000 jeunes. « Le plus ancien a cinquante ans et tous ont connu de grandes évolutions », poursuit Julie Brosseau. « Mais ils ne sont pas simplement des événements littéraires ; chacun participe à la vie culturelle de la ville : certains se déploient amplement hors les murs, pour d’autres, l’enjeu est d’aller à la rencontre des scolaires dans les écoles. Dans tous les cas, proposer des activités pour ceux qui n’auront pas la possibilité de venir. »
 
Réinventer les salons du livre
 

Dans le cas de Montréal, « la manifestation s’est transformée pour passer de la grande librairie à un événement modèle dans la diffusion de la culture ». Avec l’obligation que les ouvrages présentés soient déjà sortis : pas question de court-circuiter les libraires. « Un salon répond tant à une approche politique qu’aux demandes et attentes des organisations professionnelles et des acteurs locaux. »

Au point qu’en cas de trop grand déséquilibre, les manifestations s’arrêtent, souligne Isabella Ferretti : « Naples a eu durant 11 ans une foire, Galassia Gutenberg. » Lancée par l’éditeur Franco Liguori, l’événement impliquait les lecteurs pour ne pas les laisser passifs devant des espaces d’expositions de livres. « Mais la municipalité puis les éditeurs ont arrêté de s’y investir, et en 2010, il s’est arrêté. »

La jeunesse éternelle…

 

La conquête d’un lectorat jeune, - assurance (tout le monde l’espère) que l’adulte continuera à lire - , reflète l’une des problématiques prioritaires. « En Argentine, nous avons un salon durant les vacances de juillet — c’est l’hiver pour nous — qui est consacré à la jeunesse », indique Guido Indij. « Le renouvellement du public y est constant : je m’y rendais moi, quand j’étais enfant. L’important est de cultiver l’affection pour les ouvrages, à travers les parents : ainsi, ils pourront stimuler la passion chez leurs enfants. »

En Italie, la collaboration avec les pouvoirs publics est essentielle, souligne Isabella Ferretti : il faut attirer tous les lecteurs, et en donner à tous, des grands lecteurs à ceux qui ne lisent jamais, en espérant capter leur attention. « Chaque salon a son programme propre qui implique les scolaires, parce que leur présence est cruciale. »

Mais cela engage surtout à préparer ces rencontres et les enjeux des visites. « Tout le monde souhaite que cet investissement fasse de nouveaux lecteurs : encore faut-il que le gouvernement suive. Et que les manifestations puissent avoir les moyens de promouvoir la lecture, à travers ce type d’animations. »


Insolite, drôle ou décalé, découvrir
le Salon du livre de Montréal autrement


Julie Brosseau introduit une nuance : capter l’attention des jeunes est important, mais la limite dans la capacité d’accueil d’un lieu fait que « l’on crée des événements hors les murs, en amont ». Et surtout, il importe de ne pas cantonner la lecture au seul moment d’un salon. « À Trois-Rivières, nous avons un programme de développement du lectorat, qui passe par un soutien auprès des personnes adultes qui sont dans une situation d’illettrisme et apprennent à lire. Ce sont également des auteurs qui se rendent en prison ou des ateliers avec des migrants. »

Des publics qui peuvent n’être pas des jeunes, « mais qui ont tout autant besoin de pouvoir lire ». Parce que si personne n’a la réponse quant à ce que les salons devront demain inventer, « nous avons la chance de vivre dans des sociétés où l’on considère que le livre a encore toute sa place », conclura Gilda Routy.

23/4/17

Odio la Feria del Libro

Comienza la Feria del libro. Y esto es lo que le conté a La Nación:
Odio la Feria del Libro
Guido Indij
Editor de interZona y La Marca Editora


"Me estresa. Me obliga a alinear mis estrategias de lanzamiento para que coincidan con la Feria o para que no coincidan con la Feria y sean opacadas por los tanques de las multi. Me pone a tomar decisiones económicas y financieras vinculadas a nuestro stand siete u ocho meses antes, a trabajar en la logística del stand con un mes de anticipación. Luego, una vez comenzada, son tres semanas donde todo el trabajo editorial, los viajes, la familia, el yoga? todo sufre postergaciones y desatenciones, porque sobrevivir en la Feria, o sea, hacer de esa experiencia una tarea económicamente sustentable lo exige todo de uno, editor independiente. En más de veinte ediciones, nunca hemos ganado o perdido mucho. En promedio, hemos empatado. ¿Por qué reincidir?
Porque además de odiarla, quiero a la Feria. Es un espacio vital donde los libreros, bibliotecarios y lectores nos devuelven su palabra, dejan de ser un ente espectral para devenir personas con gustos propios que completan el circuito de nuestra actividad profesional.
La Feria es un espacio cada vez más rico, más inabarcable, más complejo y más democrático. Hace veinte años reinaba allí una institución aristocrática: la antigüedad. Los espacios se distribuían según una fotografía de lo que era el mercado editorial en la primera edición, a mediados de los años setenta. Algunas empresas ya no existían, pero entre sus activos habían vendido su puntaje de antigüedad (los puntos necesarios para elegir los mejores espacios) como un bien hereditario. Los nuevos jugadores teníamos roles marginales y ocupábamos espacios periféricos.
Muchas de esas instancias se van modificando: existen rondas de negocios con invitados internacionales abiertas a todos los editores, al cóctel de inauguración están invitados todos los expositores, se permiten los stands colectivos y sus participantes acumulan puntaje de manera individual, hay una diferencia de precios cada vez más justa según la ubicación de los stands, un programa de invitaciones pretende aportar mayor bibliodiversidad. Así es la Feria, como muchos amores demandantes, que nos exigen un gran compromiso. Aunque uno quiera escaparse, no puede prescindir de ellos."